Histoire d'en rêver
d'Aurélie Dubois
Editions Myriapode
Jeunesse
160 pages
17 €
Illustrations de Sandie Monneret, www.dessine-moi.fr
Ce recueil ouvre les portes de cinq mondes fantastiques, cinq contes où se mêlent joie, aventure féerique et amitié, sans oublier de très belles histoires d’amour. On découvre ainsi la fée
Poucinette, si délicate, si malicieuse, qui saura attendrir le lecteur et le faire rire. On tremble avec Epony, la jolie sirène mauve, en entendant son père lui lancer une terrible malédiction.
On galope au cœur de l’Ariège en compagnie de Balthazar, un étalon noir comme le charbon et libre comme l’air. On touche du bout des doigts le terrible vent du Nord, compagnon d’Anaka qui est la
reine des premières neiges. Puis c’est comme assis dans l’herbe fraîche qu’on écoute les lutins conter la légende du monde de Polotonia où vivaient jadis des dragons cracheurs de feu. Enfin, on
découvre Signy et son ours blanc dans un immense château de givre où l’on devient témoin des émotions profondes.
AUTEUR : Aurélie Dubois
Née en janvier à St Ouen, Aurélie Dubois a vécu toute son enfance dans la région parisienne. Après avoir séjourné quelque temps dans l’Orléanais, elle s’est installée dans le Morvan où elle
demeure depuis vingt ans. Elle a suivi un cursus littéraire et travaille actuellement dans un hôpital.
Voici quelques passages du livre, pour donner envie...
La Fée Poucinette
Quelques gouttes de rosée transparentes
perlaient au bout des feuilles. Celles-ci brillaient de mille feux au soleil, parant ainsi la nature de diamants sans cesse renouvelés. Ce jour là, au petit matin, une goutte de rosée s’attarda
plus longtemps que les autres sur un bouton de rose qui trônait dans un épais massif au milieu d’un verdoyant jardin. C’était un joli bouton de rose rouge prêt à éclore. Sa tige, longue et
droite, était bordée de quelques grosses épines dissuasives. Ses pétales frais, doux et soyeux, affichaient un beau rouge grenat; c’était une perle parmi les perles! Soudain, les pétales se
mirent à bouger, le bouton ouvrit sa corolle d’une façon à peine perceptible, mais à y regarder de plus près, il y avait comme quelque chose qui remuait à l’intérieur. En effet, lorsque le bouton
s’ouvrit intégralement, une petite fée bleue apparut en son cœur, elle était encore endormie! Elle était allongée de tout son long sur un lit de pistil, ses ailes bleues translucides encore
froissées par le sommeil. Ainsi exposée à la lumière du jour, la petite fée, fraîchement née, cligna doucement des yeux avant de s’asseoir au bord de la fleur. Elle avait un doux visage rond, des
joues roses et des lèvres purpurines. Elle était si petite et si fragile! La petite fée s’étira puis bailla en écartant ses ailes pour les défroisser. Elle regarda enfin le monde qui l’entourait:
elle y découvrit les fleurs, les arbres, le lac, le soleil, le ciel mais aussi tous les animaux du jardin, ses nouveaux compagnons. Elle sembla ravie de ce qui s’offrait à elle. Un sourire de
béatitude s’afficha sur son joli visage:
« Comme
c’est joli ici! »
Un papillon, de
son vol léger et silencieux, vint alors se poser au près de la jeune fée:
« Bonjour,
Poucinette! Bonjour, jolie petite fée, bienvenue au jardin!
Histoires de Lutins
Alors que je me
promenais seule, un soir d'été, en lisière de bois, le vent a soufflé dans les branches des arbres, faisant frémir l’herbe et les feuilles devant moi. Les fleurs aux longues tiges se sont
inclinées, quelques feuilles se sont envolées et j’ai vu l'eau du lac frissonner à son passage. Ce vent était doux, chaud et enveloppant. Il a poussé maints nuages dans le ciel,
masquant ainsi quelque peu les rayons du soleil. Sur ce, des ombres longues et pleines sont apparues en dansant timidement sur le sol. Le vent d'Ouest a soulevé mes cheveux et m’a
comme murmuré à l'oreille d'anciennes histoires oubliées de farfadets, de fées et de lutins...
Pour mieux
l’entendre je me suis assise par terre, sur un tapis de mousse, le dos contre un chêne immense. Je l’ai écouté attentivement en fermant les yeux. Le doux frémissement du vent s’est élevé dans les
airs. Alors ont surgi devant moi de superbes dragons montés par des fées délicates aux ailes translucides, des sorcières volant sur leurs balais, pourchassant quelques pauvres lutins coiffés de
bonnets pointus. Mais aussi des elfes magnifiques armés d'arcs et de flèches, chevauchant, eux, des loups blancs gigantesques. Tous ces personnages s'animaient devant moi, si beaux et si réels.
Si près, que j'aurais pu les toucher du bout des doigts. C'était magique. Soudain, dans le bois une branche a craqué, les taillis se sont écartés. Ainsi m’est apparut Pan. De loin il m’a
sourit, puis il est venu s'asseoir près de moi. Là, il a sorti sa flûte d’une besace et a commencé à jouer de sa musique. En cet instant, le vent est
tombé, la nature entière s’est tue, elle s'est faite discrète, humble. Elle a comme retenu son souffle pour l'écouter jouer. Tout n'était que vide et silence. Ses notes de musique ont percé
l'air, elles se sont élevées, doucement, limpides, et pures dans le ciel puis elles sont doucement montées dans la nuit claire, vers le ciel étoilé. Ce chant envoûtant m’a parcourut, m’a noyé
sous une vague de frissons au point que je crus voir la lune sourire en entendant Pan jouer comme autrefois. Plus tard, quelques petits lutins sont sortis eux aussi, sans bruit, du bois. Ils ont
installé un feu devant nous puis se sont assis en arc de cercle autour des flammes.
LES TRIBULATIONS D’UN PONEY NOMME
BALTHAZAR
Mais la liberté qui m’était offerte de nouveau me
consola très vite: je pouvais une fois de plus galoper à mon aise dans l’immensité de la montagne, manger toute l’herbe que je voulais, aller où bon me semblait. Je retrouvais des joies oubliées
au fond des boxes: me rouler dans la boue, me gratter contre un arbre, me coucher dans l’herbe pleine de rosée du matin, ou bien encore regarder la lune se refléter, la nuit, dans le ruisseau qui
chante son refrain éternel. Même si les longues ballades à travers la campagne en compagnie de Joy me manquaient parfois, aux côtés des juments, j’étais heureux… J’ai vite retrouvé mes coins
favoris, les odeurs de mon enfance, je me suis même surpris à contempler tranquillement le groupe de juments avec leurs poulains de l’année, et là-bas un peu plus loin, les nouveaux yearlings
feignant de se battre. Mais cette fois-ci c’était moi le chef, l’étalon gardien du troupeau!!
J’ai vite pris
mon rôle de protecteur du clan très à cœur: je veillais à ce que les juments restent bien groupées, que les poulains ne soient pas trop à la traîne, que les autres troupeaux ne viennent pas se
mêler au nôtre. Il fallait aussi que je fasse attention à ce que les renards ne s’approchent pas trop près de nous. Au bout de plusieurs mois passés à l’état sauvage, ma belle crinière était
toute emmêlée, ma queue traînait par terre, mais cela ne me faisait rien, cela n’avait plus d’importance, j’étais le roi de la montagne et c’est tout ce qui importait! Parfois, lorsque la vue
était dégagée, je me surprenais à essayer d’apercevoir le domaine de Paul pour voir si Joy y était ou bien d’entendre, si le vent le permettait, les bruit du ranch, juste par plaisir, pour me
rassurer, me remémorer. Paul passait toujours nous rendre ses petites visites afin de s’assurer que tout le monde allait bien, qu’on n’était pas malade ou blessé. Il venait en personne à ces
moments là pour me gratifier d’une carotte. D’ailleurs il avait toujours un petit mot doux à me confier lorsqu’il passait sa main sur mon chanfrein. C’était une belle vie, la liberté aux confins
des montagnes de l’Ariège!
Signy et l’Ours Blanc
C’était un gigantesque palais de glace fin et haut, entièrement blanc, au toit délicatement ciselé dont les
gracieuses tours s’élevaient jusqu’au ciel. Il semblait avoir été façonné, modelé subtilement dans un bloc de givre. Tout était blanc mais de nuances différentes, bien distinctes. La teinte
et la composition du château s’étalaient du blanc pur couleur de neige au blanc limpide, transparent de la glace. Ces différentes teintes de blanc spectaculaires donnaient à la demeure un charme
absolu, et même quelque chose de féerique. Aucun château au monde ne pouvait rivaliser tant en beauté qu’en architecture! A l’intérieur, le froid régnait en maître malgré quelques cheminées
placées ici et là. Les pièces étaient si spacieuses qu’on entendait résonner chaque pas dont l’écho était renvoyé par leurs murs colossaux. Le mobilier était fait lui aussi de glace dure et
blanche ou bien de givre transparent. Il régnait en ce lieu une atmosphère tranquille, religieuse presque surnaturelle. Dans la grande salle, lorsque Mardhola respirait, de la buée s’échappait de
sa bouche alors Halvor lui tendait une peau de bête afin qu’elle s’emmitoufle pour se réchauffer. La jeune fille était morte de peur et de froid. Quelques pingouins, maîtres d’hôtel des lieux,
vinrent à elle et lui firent signe de s’asseoir à la grande table.
Site de l'auteur :
www.aureliedubois.fr